Les deux pieds dans la gadoue

Photo Alberto Garcia-Alix, 1956.

Photo Alberto Garcia-Alix, 1956.

Je vous racontais que je suis au début d’une nouvelle histoire. (Un jour peut-être je vous ferai lire des mots que j’ai écrits jadis…)

Et chaque début vient avec l’inévitable marasme d’idées décousues, parfois sans saveur, ni couleur, qui se lancent pêle-mêle sur le papier.

Des idées parfois… Passionnées – Courtes – Indéfinies – Ennuyantes – Longues – Vides – Sans issue – Brillantes – Lassantes – Troublantes – Avec un petit quelque chose – Vaines

Oui VAINES… Une longue suite de vaines idées qui ne font que m’enfoncer encore un peu plus dans le marasme. Mais je continue d’avancer d’explorer les filons qui se pointent et semblent prometteurs. Quand je m’enfonce, je continue encore un peu, juste au cas… au cas où je trouverais une éclaircie, qui m’aiderait à poser le pied sur un sol dur et me ferait sortir du marécage.

Oui j’aime commencer une nouvelle histoire. J’aime moins l’incertitude; l’impression de ne pas être le maître du jeu; de me faire arnaquer par l’histoire (!!!) et de me jeter dans le vide…. Pour tomber dans une mare visqueuse.

Une nouvelle histoire c’est la découverte d’un site archéologique, où l’on embrasse le terrain du regard et que l’on commence à explorer centimètre par centimètre, les deux pieds dans la gadoue, pour trouver les trésors.

Ces personnages que l’on ne crée jamais vraiment

The Elegant Nobody by Cristina Francov a.k.a. NaagromFrancobvitch. Original in colour.

The Elegant Nobody by Cristina Francov a.k.a. NaagromFrancobvitch. Original in colour.

Je commence une nouvelle histoire.

Lorsque le premier jet du plan est fait, je laisse l’histoire macérer et vivre face à mes envies, mes contradictions et mon interprétation des personnages que je vois émerger. Mais surtout je laisse l’histoire se façonner au hasard des images, des paroles, des conversations du quotidien. J’explore sans réserve les avenues qui me sont proposées.

Et je constate que ce personnage que je viens de découvrir, qui me fascine et allume mes neurones existe déjà sous différentes interprétations. Elle sera unique sous ma plume, mais elle ressemblera toujours d’une façon ou d’une autre à ce que vous connaissez déjà.

J’ai donc ce personnage de femme de la noblesse qui ne sera jamais reine et qui est emprisonnée en attente de la mort. Déjà je sais que vous avez des images et des noms qui vous viennent. Oui, n’est-ce pas qu’elles sont fascinantes?

Voici ce qu’elle m’a dit aujourd’hui alors que je la visitais dans sa cellule.

« Il ne me reste que des lambeaux de démence devant l’outrage fait à ma patrie, mon âme, mon corps. Demain, alors que ma tête roulera à leurs pieds, je sourirai. »

Je lui souhaite tout de même de vivre un instant de gloire dans l’histoire qui se dessine. Pour l’instant, elle n’est qu’une ombre qui croise la route de mon personnage principal.

Rien devant

Respirer chaque pas vers l’avant
Sans connaître cet avenir qui surgit à chaque instant
Sans arrêt, grugeant chaque seconde patiemment
Repousser à coup de larmes et de rires
Le passé qui refuse de s’effacer
De se laisser dompter
Qui ne se laissera pas oublier
Gardant sur le présent une infime trace de son ombre
Pour resurgir à chaque instant d’inattention
Telle une claque en pleine face

En suspension

Parce qu’il est si facile de s’étouffer avec sa propre indifférence. Un piège sournois qui nous laisse vide et seul.

Mourir d’indifférence n’est pas le pire…. Imaginons l’assasinat de la main de nos incohérences.

L’ennui, l’ennemi pervers m’empêchant de voir et déguster de simples plaisirs, tel ce rayon de soleil lascif sur ma peau.

Au moins lorsque l’on meurt d’ennui, notre âme tremble et notre esprit cherche la prochaine joie qui nous sauvera.