Frapper un mur

Écrire, écrire, écrire sans respirer, sans souffler. Courir après les mots pour ne pas les oublier. Ouvrir toutes les portes ou choisir d’en ignorer quelques-unes. Oublier un « e ». Écrire au son. Massacrer la syntaxe. Aller se chercher un verre d’eau pour se donner l’illusion de prendre une pause. Mais en fait, spéculer sur la prochaine action, la prochaine parole édifiante qui deviendra la citation que tout le monde s’arrache comme une vérité qui n’aurait jamais été dite (ou écrite). Se rasseoir et courir encore.  Empiler les mots, un par dessus les autres, sans contraintes. Ouvrir toutes les boîtes, prendre tous les chemins. Patauger dans la gadoue. Marcher sur le ciment. Courir dans la lumière. Gravir des escaliers. Plonger dans le vide. Chuter dans l’escalier. Se relever. Courir et courir encore.

Frapper un mur.

Même si je fais très peu de corrections lorsque je travaille le premier jet d’une histoire, j’aime le moment où je fonce tête première dans un mur de béton. L’histoire n’avance plus. DEAD END. J’ai suivi une route, j’ai bifurqué, une, deux, dix fois et la route s’arrête soudain au bord du néant. Il n’y a plus rien. Il faut donc revenir sur ses pas et trouver un autre embranchement qui nous mènera plus loin.

Pendant ce temps, je n’écris pas. Je reviens vers l’intention de mon personnage principal; l’intention derrière l’intrigue; les objectifs de départ. Je revisite le synopsis et les notes sur les personnages. Je réalise qu’un tel qui devait être mon héros pourfendeur est en fait une lavette sous ma plume; que la jeune femme libre et indépendante est en fait une harpie de la pire espèce; qu’un des personnages secondaires a tout ce qu’il faut pour devenir une héroïne qui a de la profondeur.

Dans mon esprit, je réaménage le tout et le laisse mûrir 24h. Pas vraiment plus parce que sinon, deux possibilités de réaménagements  deviennent trois ou dix possibilités, de nouveaux personnages s’ajoutent et sans crier gare c’est la pagaille. Une autre chose aussi que j’essaie parfois. Je change les noms. Certains noms ont des échos de ces gens que l’on connait ou évoquent divers sentiments en fonction de leur sonorité.

Ainsi, lorsque je frappe un mur, je m’assois par terre et je cherche une issue. Je rêve, je contemple, je me raconte des histoires. À un certain moment, je découvre une brèche et j’agrandis le trou, jusqu’à ce que je puisse m’y faufiler et poursuivre la course. Ou, tout simplement, une porte ou une fenêtre apparaît, me dévoilant un nouveau monde.

Il ne faut pas confondre avec le « syndrome de la page blanche ». Je ne souffre pas de cette chose qui bêtement cache une peur, une insécurité qui n’a rien à voir avec l’inspiration, mais qui la dénature, la bloque ou la détourne. Mon remède: toujours commencer sur une page vide et oublier ce que l’on a écrit avant. Mais on en reparlera.

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