Elle pleure

Mon amie la plus proche vient de perdre son père. Ils ont toujours eu, de mon point de vue, une relation étrange. C’est lui qui l’a élevé, seul.

Lorsque nous étions enfant, son père était le Père Noël du quartier. À l’adolescence, je crois qu’elle ne faisait qu’écouter. Elle ne lui parlait plus. Ne lui offrant que des silences tristes. Au début de sa vie adulte, elle l’a tout simplement ignoré… ne donnant plus de nouvelles pendant 11 ans. Je n’ai jamais compris. Un homme si charmant.

Il y a quelques années, elle l’a appelé et depuis c’était comme s’ils ne s’étaient jamais quitté. Mais plus encore, ils se tenaient la main. Ils se parlaient peu, mais se touchaient beaucoup.

En guise d’explication, elle me disait qu’elle avait fait la paix et que maintenant elle choisissait sa famille et l’amour de son père. Je n’ai jamais vraiment su pourquoi elle avait eu besoin de faire la paix.

Quand je la regarde, je vois une femme épanouie, libre et pleinement exprimée. Parfois, dans son regard, un nuage qu’elle a tôt fait de chasser. Mas je reconnais en elle, la profondeur des êtres qui ont regardé la mort en face et ont choisi de vivre. Un regard lumineux et émerveillé sur ce qui l’entoure et tourné vers l’avant.

La semaine dernière au salon funéraire, je l’ai vu inconsolable. Dans ses yeux, un lourd nuage gris qu’elle n’a pas chassé. Et dans toute la peine, il y avait tant de lumière.

Parce que malgré une enfance faites de violence, de silence, de colère, de peur et de tristesse, elle a choisi d’aimer. Peu d’entrenous trouverions assez de compassion dans nos coeurs pour aimer et pardonner à son bourreau, même si celui-ci est notre parent. Elle a toute mon admiration.

Elle m’a dit une chose qui me trouble encore… « Avec mon père, c’est complet. Il n’y a rien d’autre que de l’amour. Je suis libre. »

Mon amie pleure…