Une histoire issue du chaos

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J’aimerais écrire de façon linéaire.

Je n’ai pas vraiment dit ça.

En fait, j’en ai un peu marre aujourd’hui de vivre dans le brouillon d’une histoire que je n’écris pas assez vite. Des personnages qui ne sont prévus que plus tard n’arrêtent pas de surgir à tout instant foutant un bordel indescriptible. Et disparaissant aussi soudainement, en me laissant avec des morceaux de casse-tête qui ne s’attachent nulle part et des traces de boue (on se souvient tous de la boue) partout dans les marges.

Et ça n’avance pas. En fait ça n’avance pas parce que j’ai peur. Quoi?

C’est encore pire que de frapper un mur. Je tourne en rond. Je ne dis pas ce que je veux dire. Je n’arrive pas à ce qui est important rapidement. Alors c’est le chaos qui s’installe. Il n’y a plus de direction et je ne fais pas confiance que je pourrai y revenir plus tard. Lorsqu’un élément du chapitre 5 surgit, il me suffirait de prendre une note et d’y revenir. Mais j’ai peur d’oublier. J’ai peur de ne pas y revenir parce que l’histoire bifurquera à un certain point et que cet élément qui semble si prometteur maintenant sera surement relégué à un univers parallèle – dans le sac à retailles.

Dans l’acte d’écrire il y a de nombreux instants d’abandon qui suivent de nombreux moments de retenue, de peur, d’angoisse, d’incertitude.

Écrire sans liberté ne laisse que des phrases avares qui les unes après les autres nous vident au lieu de nous nourrir.

Mais c’est aussi dans ce fouillis qu’émergent les idées les plus incongrues et que se font les véritables découvertes.

Finalement je n’aimerais pas écrire de façon linéaire en suivant une structure. J’ai un plan et une ligne directrice. Mais je dois l’oublier lorsque les mots se bousculent. Il y a au cœur du chaos, le cœur de mon expression – l’expression de ma passion et ma véritable voix/voie.

Frapper un mur

Écrire, écrire, écrire sans respirer, sans souffler. Courir après les mots pour ne pas les oublier. Ouvrir toutes les portes ou choisir d’en ignorer quelques-unes. Oublier un « e ». Écrire au son. Massacrer la syntaxe. Aller se chercher un verre d’eau pour se donner l’illusion de prendre une pause. Mais en fait, spéculer sur la prochaine action, la prochaine parole édifiante qui deviendra la citation que tout le monde s’arrache comme une vérité qui n’aurait jamais été dite (ou écrite). Se rasseoir et courir encore.  Empiler les mots, un par dessus les autres, sans contraintes. Ouvrir toutes les boîtes, prendre tous les chemins. Patauger dans la gadoue. Marcher sur le ciment. Courir dans la lumière. Gravir des escaliers. Plonger dans le vide. Chuter dans l’escalier. Se relever. Courir et courir encore.

Frapper un mur.

Même si je fais très peu de corrections lorsque je travaille le premier jet d’une histoire, j’aime le moment où je fonce tête première dans un mur de béton. L’histoire n’avance plus. DEAD END. J’ai suivi une route, j’ai bifurqué, une, deux, dix fois et la route s’arrête soudain au bord du néant. Il n’y a plus rien. Il faut donc revenir sur ses pas et trouver un autre embranchement qui nous mènera plus loin.

Pendant ce temps, je n’écris pas. Je reviens vers l’intention de mon personnage principal; l’intention derrière l’intrigue; les objectifs de départ. Je revisite le synopsis et les notes sur les personnages. Je réalise qu’un tel qui devait être mon héros pourfendeur est en fait une lavette sous ma plume; que la jeune femme libre et indépendante est en fait une harpie de la pire espèce; qu’un des personnages secondaires a tout ce qu’il faut pour devenir une héroïne qui a de la profondeur.

Dans mon esprit, je réaménage le tout et le laisse mûrir 24h. Pas vraiment plus parce que sinon, deux possibilités de réaménagements  deviennent trois ou dix possibilités, de nouveaux personnages s’ajoutent et sans crier gare c’est la pagaille. Une autre chose aussi que j’essaie parfois. Je change les noms. Certains noms ont des échos de ces gens que l’on connait ou évoquent divers sentiments en fonction de leur sonorité.

Ainsi, lorsque je frappe un mur, je m’assois par terre et je cherche une issue. Je rêve, je contemple, je me raconte des histoires. À un certain moment, je découvre une brèche et j’agrandis le trou, jusqu’à ce que je puisse m’y faufiler et poursuivre la course. Ou, tout simplement, une porte ou une fenêtre apparaît, me dévoilant un nouveau monde.

Il ne faut pas confondre avec le « syndrome de la page blanche ». Je ne souffre pas de cette chose qui bêtement cache une peur, une insécurité qui n’a rien à voir avec l’inspiration, mais qui la dénature, la bloque ou la détourne. Mon remède: toujours commencer sur une page vide et oublier ce que l’on a écrit avant. Mais on en reparlera.

Les deux pieds dans la gadoue

Photo Alberto Garcia-Alix, 1956.

Photo Alberto Garcia-Alix, 1956.

Je vous racontais que je suis au début d’une nouvelle histoire. (Un jour peut-être je vous ferai lire des mots que j’ai écrits jadis…)

Et chaque début vient avec l’inévitable marasme d’idées décousues, parfois sans saveur, ni couleur, qui se lancent pêle-mêle sur le papier.

Des idées parfois… Passionnées – Courtes – Indéfinies – Ennuyantes – Longues – Vides – Sans issue – Brillantes – Lassantes – Troublantes – Avec un petit quelque chose – Vaines

Oui VAINES… Une longue suite de vaines idées qui ne font que m’enfoncer encore un peu plus dans le marasme. Mais je continue d’avancer d’explorer les filons qui se pointent et semblent prometteurs. Quand je m’enfonce, je continue encore un peu, juste au cas… au cas où je trouverais une éclaircie, qui m’aiderait à poser le pied sur un sol dur et me ferait sortir du marécage.

Oui j’aime commencer une nouvelle histoire. J’aime moins l’incertitude; l’impression de ne pas être le maître du jeu; de me faire arnaquer par l’histoire (!!!) et de me jeter dans le vide…. Pour tomber dans une mare visqueuse.

Une nouvelle histoire c’est la découverte d’un site archéologique, où l’on embrasse le terrain du regard et que l’on commence à explorer centimètre par centimètre, les deux pieds dans la gadoue, pour trouver les trésors.

Ces personnages que l’on ne crée jamais vraiment

The Elegant Nobody by Cristina Francov a.k.a. NaagromFrancobvitch. Original in colour.

The Elegant Nobody by Cristina Francov a.k.a. NaagromFrancobvitch. Original in colour.

Je commence une nouvelle histoire.

Lorsque le premier jet du plan est fait, je laisse l’histoire macérer et vivre face à mes envies, mes contradictions et mon interprétation des personnages que je vois émerger. Mais surtout je laisse l’histoire se façonner au hasard des images, des paroles, des conversations du quotidien. J’explore sans réserve les avenues qui me sont proposées.

Et je constate que ce personnage que je viens de découvrir, qui me fascine et allume mes neurones existe déjà sous différentes interprétations. Elle sera unique sous ma plume, mais elle ressemblera toujours d’une façon ou d’une autre à ce que vous connaissez déjà.

J’ai donc ce personnage de femme de la noblesse qui ne sera jamais reine et qui est emprisonnée en attente de la mort. Déjà je sais que vous avez des images et des noms qui vous viennent. Oui, n’est-ce pas qu’elles sont fascinantes?

Voici ce qu’elle m’a dit aujourd’hui alors que je la visitais dans sa cellule.

« Il ne me reste que des lambeaux de démence devant l’outrage fait à ma patrie, mon âme, mon corps. Demain, alors que ma tête roulera à leurs pieds, je sourirai. »

Je lui souhaite tout de même de vivre un instant de gloire dans l’histoire qui se dessine. Pour l’instant, elle n’est qu’une ombre qui croise la route de mon personnage principal.