Ces routes qui ne mènent nulle part et partout

J’ai regardé partout à la fois
Aspirant à grandes goulées
Le monde qui se dévoilait devant moi
J’ai marché sur des routes
Longues, droites, sans fin
Mais je préfère celles
Où mes pas se sont embourbés
Enfargés, liés, déchaussés

Celles où j’ai aimé
Où j’ai marché accompagnée

Je suis allée nulle part
Et partout en même temps
Je suis ici
Tout le temps

© Gaël Frédérique Deslandes
Napowrimo – jour 19

Publicités

Où es-tu?

Le temps a passé
La vie est arrivée avec ses pièges
Sans aucun mode d’emploi pour les éviter
Je m’agrippe à nos souvenirs, à la joie pure
À la légèreté de nos jeux d’enfants.
Ces instants magiques
Où la main rassurante d’un ami était tout ce qu’il fallait
Pour oublier la chute à vélo, la mauvaise note
La punition pour avoir renversé du jus sur le tapis du salon
Mais j’ai échoué au moment le plus important
Ma magie n’a pas été assez forte
Quand la vie est venue t’arracher le cœur

 

© Gaël Frédérique Deslandes
Napowrimo – jour 4

Ma maison

maison

 

Le monde est ma maison. Je voyage et j’ai voyagé dans de nombreuses contrées. Et à chaque matin, j’ai cet élan intérieur qui me donne envie de me pointer à l’aéroport et de prendre un billet pour le prochain avion qui va n’importe où. Y rester aussi longtemps que j’en ai envie et ensuite poursuivre jusqu’à la prochaine destination.

Peu importe où je suis, c’est là que je me dépose.

Ma maison c’est surtout là où mon cœur se dépose. Présentement, ma sœur choisie a besoin que mon cœur se dépose près d’elle. Je reste rarement longtemps à la même place, je suis solitaire, je parle peu avec les autres êtres humains — dans les gestes beaucoup se partage.

Ma maison est ici.

Elle pleure

Mon amie la plus proche vient de perdre son père. Ils ont toujours eu, de mon point de vue, une relation étrange. C’est lui qui l’a élevé, seul.

Lorsque nous étions enfant, son père était le Père Noël du quartier. À l’adolescence, je crois qu’elle ne faisait qu’écouter. Elle ne lui parlait plus. Ne lui offrant que des silences tristes. Au début de sa vie adulte, elle l’a tout simplement ignoré… ne donnant plus de nouvelles pendant 11 ans. Je n’ai jamais compris. Un homme si charmant.

Il y a quelques années, elle l’a appelé et depuis c’était comme s’ils ne s’étaient jamais quitté. Mais plus encore, ils se tenaient la main. Ils se parlaient peu, mais se touchaient beaucoup.

En guise d’explication, elle me disait qu’elle avait fait la paix et que maintenant elle choisissait sa famille et l’amour de son père. Je n’ai jamais vraiment su pourquoi elle avait eu besoin de faire la paix.

Quand je la regarde, je vois une femme épanouie, libre et pleinement exprimée. Parfois, dans son regard, un nuage qu’elle a tôt fait de chasser. Mas je reconnais en elle, la profondeur des êtres qui ont regardé la mort en face et ont choisi de vivre. Un regard lumineux et émerveillé sur ce qui l’entoure et tourné vers l’avant.

La semaine dernière au salon funéraire, je l’ai vu inconsolable. Dans ses yeux, un lourd nuage gris qu’elle n’a pas chassé. Et dans toute la peine, il y avait tant de lumière.

Parce que malgré une enfance faites de violence, de silence, de colère, de peur et de tristesse, elle a choisi d’aimer. Peu d’entrenous trouverions assez de compassion dans nos coeurs pour aimer et pardonner à son bourreau, même si celui-ci est notre parent. Elle a toute mon admiration.

Elle m’a dit une chose qui me trouble encore… « Avec mon père, c’est complet. Il n’y a rien d’autre que de l’amour. Je suis libre. »

Mon amie pleure…