Sa pâle joue

tomb

N’est-ce pas qu’elle est jolie
Dans sa robe couleur
D’orange?

Fruit doux

Sa peau froide
Ne brisera jamais l’éclat
De son regard
Avant la mort

N’est-ce pas qu’elle est jolie
Dans sa boîte
Dorée?

Le jour mordant
Sa pâle joue

Aucune larme
Alors que la terre
Lui couvre la face

© Gaël Frédérique Deslandes 2015
Napowrimo jour 5

La constance des saisons

Il y a quelque chose de rassurant à la ronde des saisons. Je ne pourrais pas vivre toute l’année à la chaleur ou au froid. Et même si la température (pluie, neige, grêle, canicule, etc.) n’affecte pas mes activités quotidiennes, que j’y porte très peu d’attention, l’idée du printemps à venir dans quelques semaines est apaisante.

Je n’écris pas de la même façon d’une saison à l’autre. C’est subtil. Ce n’est pas que mon comportement change. je reste malgré tout solitaire, passant de longue journée à écrire, chercher, comprendre. Mais chacune des saisons me donnent l’occasion d’expérimenter différents aspects de ma discipline quotidienne.

Au printemps, je flâne. J’observe ébahie la nature qui se révèle, dévoile ses charmes oubliés. J’écris paresseusement et chaque mot est un rayon de soleil capturé pour se réchauffer, alors que l’hiver se languis encore quelques instants.

L’été, c’est la frénésie. Les mots s’écoule en cascade rafraîchissante. Les idées explosent et se répandent en lave brûlante entre mes neurones. C’est aussi la saison où je parle le moins. Si j’ouvre la bouche, je crains que les mots ne s’enfuient et que j’oublie. Et pourtant, la source semble ne jamais se tarir.

À l’automne, je respire. La frénésie s’estompe et le flot des mots  a un débit beaucoup plus régulier. Je prends mon temps le matin avant de m’asseoir pour écrire, parce que je sais que l’histoire sera là. Parfois je n’écris pas. Je traîne un carnet et je note. J’écris les questions que mes personnages se posent. Je me demande pourquoi, ils feraient telle ou telle chose. Je cherche des nouveaux mots. Je m’égare dans des sites historiques et emmagasine des tonnes d’images d’inspiration.

À l’hiver, je dessine. En fait, ce sont des croquis incomplets d’images mentales d’objets, de vêtements, de corps et de paysage. Rarement les paysages. D’ailleurs, même dans mes histoires, je décris très peu les paysages. Surtout les ambiances. Par contre, je m’attarde aux détails. Mes écrits sont des esquisses, des pièces de casse-tête qu’éventuellement j’emboîterai.

Je comprends mieux maintenant pourquoi cela m’agace de voir que certains auteurs indépendants publient des livres (courts) à de courts intervalles. Il y a un rythme à respecter, des saisons à vivre pour qu’une histoire devienne un livre. Enfin, je suppose que chacun a son rythme. Mais je continue de croire que la frénésie de l’été est un leurre puissant. Il y a beaucoup d’idées, mais elles ne sont pas toutes bonnes tel quel.

C’est l’hiver, alors je dessine. Je poétise. Je m’attarde aux détails. Aujourd’hui, quelques réflexions sur les flocons…

Éloge de la transparence

J’écoute les murmures et rumeurs  dans les rues de la ville. Ce que j’entends le plus souvent c’est cette idée d’authenticité, d’ouverture et de partage de soi.

– Je suis quelqu’un d’authentique, dit l’un.

– Je suis ouverte aux gens, on peut me faire confiance, dit l’autre.

– Je suis un livre ouvert, rajoutera un autre.

– Je suis direct et franc, je dis ce que je pense. C’est ça l’authenticité. Vous me prenez comme je suis.

Est-ce vrai tout cela? Où n’est-ce qu’un leurre de notre identité pour nous donner bonne conscience? Je considère que les êtres humains sont fondamentalement bons. Je sais c’est discutable. Il y a des choix qui sont discutables en fonction de notre idée de la morale. Je sais ce qui est bon et mauvais, mais je ne suis pas une personne « morale » dans le sens de « rectitude ». Je suis pour le laisser être, la liberté, sans rien cautionner, en observant, sans juger des intentions d’une personne.

Cela m’intrigue donc cette idée d’authenticité. Si je me regarde authentiquement, je dirais que je ne suis qu’arrogance et ennui. J’aime les gens que j’aime et les autres me fascinent simplement au point où il peuvent devenir des personnage de roman ou de poème. Pour le reste ça ne m’intéresse pas. Les gens ne m’intéressent pas. L’humain et ses multiples facettes, sa nature mouvante et son désir de vouloir transcender sa véritable nature, c’est ce qui m’intéresse.

Qu’est-ce que le désir d’authenticité? Ce désir de vouloir crier à tout venant que l’on est unique, grand et vrai.

Même si physiologiquement et biologiquement il y a de grandes tendances et similarité, il n’y pas deux êtres humains qui possèdent la même combinaison d’expériences qui façonnent la psyché. C’est magnifique!

Depuis longtemps dans ma vie, j’ai choisi la transparence. La transparence de mon individualité au profit d’un choix quotidien d’état. Ce n’est pas la somme de mes expériences qui décidera de l’endroit où je ferai un pas. Et chaque jour, je réitère le choix. Chaque jour, je deviens transparence et je peins ma forme d’une couleur, de deux ou d’un arc-en-ciel de couleurs.

Et ce moment me rapproche de tout et de tous les êtres. Un instant où « JE » n’a plus de forme et n’est qu’une masse d’énergie pure que l’on peut créer à souhait.

N’est-ce pas cette authenticité qui nous appelle profondément?

Le désir de pure création?