Maintenant il y a nous

Hier je ne savais pas que ce maintenant était possible. N’est-ce pas étrange que pendant tant d’années, ce nous n’était pas possible. Plus possible pour tant de raisons, tant de défaites et de douleurs. je n’arrivais plus à expliquer, lorsque l’on me posait la question.

Comment se fait-il que toi? Quoi moi? Que tu sois seule…

Moi? Je ne suis pas seule. Jamais. J’ai l’amour avec un grand A partout autour de moi et surtout en moi. Non, je veux dire, seule, sans « quelqu’un »…

Mais c’est qui ce quelqu’un à qui l’on accorde tant d’importance. J’aime déjà avec une force inouïe les êtres qui partagent ma vie, pour deux jours comme pour dix ans.

Mais l’AMOUR?

J’ai médité sur la question. J’ai voyagé encore. J’ai demandé autour de moi. J’ai écouté ce que l’on m’a dit sur l’amour, à deux. Cet amour salvateur qui doit combler tous nos désirs, toutes nos attentes, tous nos rêves.

J’ai demandé. Et si mes rêves sont comblés, mes désirs répondus, que dois-je chercher? Et j’ai su que je l’avais déjà trouvé.

Partout où je vais, maintenant je marche et il y a NOUS. Ce n’est plus Moi et Vous. C’est NOUS.

Je ne suis jamais seule, car il y a nous. Pourquoi voudrais-je limiter cet amour, qui me porte, à une seule personne à qui je partagerais mon cœur, alors que le monde est si vaste et l’humain si beau.

Marchons ensemble.

GAF

 

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Sa pâle joue

tomb

N’est-ce pas qu’elle est jolie
Dans sa robe couleur
D’orange?

Fruit doux

Sa peau froide
Ne brisera jamais l’éclat
De son regard
Avant la mort

N’est-ce pas qu’elle est jolie
Dans sa boîte
Dorée?

Le jour mordant
Sa pâle joue

Aucune larme
Alors que la terre
Lui couvre la face

© Gaël Frédérique Deslandes 2015
Napowrimo jour 5

À qui appartient le pouvoir?

À qui appartient le pouvoir?

Chambre haute
Lieu de pouvoir d’action immobile
Paroles imprégnées dans le bois des années
Grandiloquentes et exaspérantes sous le vernis du sarcasme

Dans l’enceinte publique
Les murmures du passé se confondent
Secret d’alcôve côtoyant la transparence
Se brûlant à l’instantané, médiatisé

Une tache de soleil qui peine à faire sa place
Dans un océan de têtes blanches grisonnantes
Rayon de diversité, image de la cité

Désir citoyen évacués de la chambre à coucher
Voix haute dans la chambre basse
Mensonge bas dans la haute assemblée

© Gaël Frédérique Deslandes
Napowrimo – jour 5

 

Ces petits d’hommes

chaussures

Mon regard est attiré ces jours-ci par les enfants. Ou plutôt par les petits humains. J’oserais dire que je suis habituellement indifférente à leur présence autour de moi. À part les enfants de mes proches, je n’ai aucun élan émotif envers ces êtres.

Et pourtant je me surprends à les observer dans leur instantanéité, leurs extases, avec un regard non-affecté et distant. Il n’y a aucune intention derrière leurs actions, sauf peut-être celle de tout connaître, tout savoir, tout ressentir.

Je me souviens vaguement de ce moment. Une joie infinie à respirer, l’impression d’être sans limite et de pouvoir toucher à l’immensité de l’univers. Le ciel semble si proche et la liberté est un état constant.

Mon père me rappelle souvent à quel point j’étais une enfant enjouée, agréable et facile. Il y a peu de chose qui stimule chez moi de la colère ou de l’agressivité. Les drames du quotidien éveillent très peu d’intérêt. Et pourtant, je ne suis pas dénuée de passion ou de feu.

Ce qui est le plus fascinant, ce sont les adultes qui regardent les enfants et s’extasient en de longs oh! et ah! aigus. Réminiscence d’une époque révolue pour chacun d’entre nous? Une envie de redevenir libre, de découvrir, de s’extasier devant les minuscules riens de l’existence et jouer.

Jouer et rire. Tout simplement. Pas besoin d’être encore petit pour le faire. Et pourtant, j’oublie…

Je trinque à la liberté et à l’infini qui nous habite.

Elle pleure

Mon amie la plus proche vient de perdre son père. Ils ont toujours eu, de mon point de vue, une relation étrange. C’est lui qui l’a élevé, seul.

Lorsque nous étions enfant, son père était le Père Noël du quartier. À l’adolescence, je crois qu’elle ne faisait qu’écouter. Elle ne lui parlait plus. Ne lui offrant que des silences tristes. Au début de sa vie adulte, elle l’a tout simplement ignoré… ne donnant plus de nouvelles pendant 11 ans. Je n’ai jamais compris. Un homme si charmant.

Il y a quelques années, elle l’a appelé et depuis c’était comme s’ils ne s’étaient jamais quitté. Mais plus encore, ils se tenaient la main. Ils se parlaient peu, mais se touchaient beaucoup.

En guise d’explication, elle me disait qu’elle avait fait la paix et que maintenant elle choisissait sa famille et l’amour de son père. Je n’ai jamais vraiment su pourquoi elle avait eu besoin de faire la paix.

Quand je la regarde, je vois une femme épanouie, libre et pleinement exprimée. Parfois, dans son regard, un nuage qu’elle a tôt fait de chasser. Mas je reconnais en elle, la profondeur des êtres qui ont regardé la mort en face et ont choisi de vivre. Un regard lumineux et émerveillé sur ce qui l’entoure et tourné vers l’avant.

La semaine dernière au salon funéraire, je l’ai vu inconsolable. Dans ses yeux, un lourd nuage gris qu’elle n’a pas chassé. Et dans toute la peine, il y avait tant de lumière.

Parce que malgré une enfance faites de violence, de silence, de colère, de peur et de tristesse, elle a choisi d’aimer. Peu d’entrenous trouverions assez de compassion dans nos coeurs pour aimer et pardonner à son bourreau, même si celui-ci est notre parent. Elle a toute mon admiration.

Elle m’a dit une chose qui me trouble encore… « Avec mon père, c’est complet. Il n’y a rien d’autre que de l’amour. Je suis libre. »

Mon amie pleure…